
Aujourd’hui, je vais vous faire une petite introduction historique de la broderie. De l’Antiquité à nos jours, pour découvrir l’histoire de cet incroyable savoir-faire.
Étant brodeuse d’Art de métier, je vais vous montrer certains visuels de mon catalogue de créations personnel. J’espère que ça vous plaira.
Définition :
nom féminin
- Ouvrage consistant en points qui recouvrent un motif dessiné sur un tissu ou un canevas.
La broderie est un art décoratif se pratiquant principalement sur tissus.
A plat ou en relief, la broderie se fait à partir de fil. Elle intègre parfaitement d’autres matériaux, comme des perles et des paillettes. Elle inclut même des matières précieuses (comme l’Or ou encore l’Argent). Sur ce point, on y reviendra dans un article dédié.
On peut la diviser en trois classes. La broderie main se fait à l’aiguille ou au crochet. La broderie semi-mécanique se réalise à la machine guidée par la main. La broderie mécanique est 100 % industrielle.
Je vous parlerais principalement de la broderie main, car c’est celle que je connais le plus et que je pratique.
Introduction à la broderie
L’Antiquité

On estime que la broderie existe depuis une période très reculée. La plus ancienne toile brodée connue provient d’Égypte. Les égyptiens, comme plusieurs peuples méditerranéens de l’Antiquité, étaient de talentueux brodeurs.
Cependant, il nous reste peu d’exemples de broderie de cette époque. L’histoire de cet art est difficile à reconstituer avant le VIe siècle après J-C.

LE Moyen-Age
C’est au Moyen-Age que commence l’histoire du point de croix, point compté en forme de « x ».
Ainsi, dans la Byzance médiévale, les habits de la cour sont brodés à partir de modèles persans. Les vêtements sacerdotaux utilisent aussi ces modèles d’origine persane. L’influence de l’Art byzantin allait s’étendre en Europe (surtout dans le Sud de l’Italie). On retrouve les modèles byzantins dans les broderies ecclésiastiques du Saint Empire dès le Xe siècle.
La broderie médiévale la plus célèbre est la tapisserie de Bayeux. Elle décrit des faits allant de la fin du règne du roi d’Angleterre Édouard le Confesseur en 1064. Elle continue jusqu’à la bataille d’Hastings en 1066.
La Renaissance
A cette époque, le point de croix se répand dans toute l’Europe. Il devient une base de l’éducation féminine. Cette diffusion est favorisée par l’Église. C’est à cette période que le sampler ou marquoir apparaît. C’est un morceau de tissu. Les jeunes filles s’exercent à broder des fleurs et des symboles religieux dessus. Les marquoirs restent dans le patrimoine familial de génération en génération, s’accumulent et finissent par former de véritables encyclopédies.
Pour information, les samplers sont toujours utilisés lors de l’apprentissage des différents points de broderie. Et c’est vraiment plaisant à faire! Cela permet de s’entraîner aux différentes techniques ou différents points, de les garder et de s’y référer au besoin.
XVe – XVIIIe
Du XVe au XVIIIe siècle, la peinture à l’aiguille fait son apparition, la technique du passé empiétant vient imiter l’aquarelle. On voit également arriver la broderie à l’or nué. C’est une technique à double fils pour donner de la profondeur. Elle connaîtra son heure de gloire en Italie.
Parallèlement, la broderie purement décorative continuera à exister. Par exemple, la broderie Blanche est exécutée sur des étoiles de lin. Elle décore les autels et les costumes paysans.

XVIIe – XVIIIe

Au XVIIe siècle éclate la « révolution rouge » provoquée par l’arrivée en Europe de nouveaux colorants naturels provenant d’Amérique.
Les broderies deviennent rouge sur fond blanc, c’est le début de la broderie Rouge. A cette époque les femmes commencent à apprendre à écrire, et les samplers composés d’alphabets sont une manière de s’exercer. Autour des lettres, des fleurs et des symboles sacrés, le sampler prend forme de tableau.
Au XVIIIe, les dessins s’affinent et se compliquent, moins stylisés mais plus réalistes. Dans la deuxième moitié du siècle les premiers paysages apparaissent. En 1770, le Français Charles Germain de Saint-Aubin, brodeur du roi, publia l’Art du brodeur. Cet ouvrage détaillait les différents styles de broderie. Il expliquait aussi les techniques de broderie. À la fin du XVIIIe siècle, la broderie Blanche de Saxe devint très prisée. Elle était utilisée pour l’ornement des manchettes et des écharpes.
Les broderies devinrent plus ornementales et la nature fut représentée d’une manière plus réaliste. Les fruits et les fleurs gagnèrent en vivacité et en détails. Les figures humaines étaient généralement des personnages bibliques et mythologiques (des saints, des anges et des sirènes, notamment).
XIXe
Au XIXe siècle, on préférait les scènes champêtres représentant bergères, troupeaux, paysans et vignerons.
Les progrès accomplis par la technique de l’impression ont permis de satisfaire une demande croissante de modèles. Le développement de l’industrie textile a également contribué à cette satisfaction. L’évolution de la chimie a également facilité le travail des brodeuses. Les fils sont devenus plus disponibles avec un large choix de couleurs. Le coton et l’étamine ont rejoint le lin et la laine.
XXe
Au cours des premières décennies du XXe siècle, la technique du point de croix amorça un déclin. Seules les écolières continuaient à l’apprendre et à le pratiquer, mais très rapidement, elles l’abandonnaient en grandissant. Certaines passaient à des techniques de broderie plus complexes et plus raffinées. Tandis que d’autres rejetaient tout ce qui avait trait au fil et à l’aiguille.
Bien que la pratique de la broderie soit devenue de plus en plus rare au cours de notre siècle. Au début des années 80, ce loisir a subitement connu un regain de popularité. La technique du point de croix a regagné de l’intérêt en Europe. Cette passion est revenue par le biais de l’Amérique du Nord.
XXIe
Au XXIe siècle, la broderie change de support et de format. De la simple toile de coton ou de lin, à la photographie en passant par le mobilier urbain. Ce savoir-faire se forge une place dans l’art contemporain.
La point de croix se réinvente sous les aiguilles de Diane Meyer. Elle transforme ces » X » en langage numérique. C’est le pixel.
La broderie contemporaine se décline dans l’espace urbain (Deuz Bro’). Elle se manifeste aussi sur les objets du quotidien (Sarah Greaves). Enfin, elle apparaît dans des lieux de rencontres et de passage (Amanda McCavour).
En conclusion, la broderie a bien évolué, des habits de cour, au moyen de s’instruire à l’art contemporain. Cet artisanat a su se réinventer et à entrer dans les mœurs de la société. C’est tantôt œuvre d’art, tantôt moyen de communication.
La broderie est une pratique ouverte. Elle est appréhendable et offre une multitude de techniques. Celles-ci demandent peu de matériel. Avec du fil, une aiguille, et un support, la broderie prend vie.



Sources: Autour du Fil, l’encyclopédie des Arts Textiles, vol.3 (1986)

Super article, j’ai appris pleins de choses. Très bien écrit !
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Merci infiniment pour ton retour ! ♥
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